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La Journée internationale de la langue soninké : le réveil d’un sphinx
Le 25 septembre est désormais inscrit dans le calendrier international comme la Journée internationale de la langue soninké. Une date qui résonne désormais bien au-delà des frontières de l’Afrique de l’Ouest et qui constitue, pour les Soninké du monde entier, un formidable motif de fierté.
Cette année encore, la célébration a pris une dimension particulière. La troisième édition de la Journée internationale de la langue soninké s’est tenue le 22 septembre 2026 au siège de l’UNESCO, à Paris, sur le thème “de l’oral à l’écrit: faire du soninké une langue de production, d’apprentissage et de création au XXIᵉ siècle”.

Une reconnaissance qui est le fruit d’un long combat
Cette journée n’est pas née par hasard.
Son histoire récente remonte à la 7ᵉ édition du Festival international soninké (FISO), organisée à Nouakchott du 23 au 26 février 2023. Quelques semaines plus tard, le 3 avril 2023, Ousmane Bocar Diagana, président de l’Association pour la promotion de la langue et de la culture soninké (APS), rencontrait Amadou Opa Thiam, ambassadeur du Mali auprès de l’UNESCO.
Au cours de cette rencontre, l’idée de porter devant l’UNESCO une résolution visant à instaurer une Journée internationale de la langue soninké prit forme. L’initiative fut ensuite portée avec le Mali, la Gambie et l’APS, dans le cadre d’un important travail diplomatique mené au cours de l’année 2023. Le 13 octobre, la Gambie présenta la résolution au Conseil exécutif de l’UNESCO, soutenue par le Mali et l’APS. Le projet fut adopté à l’unanimité.
Puis vint le moment historique de novembre 2023 : la Conférence générale de l’UNESCO entérina définitivement la proclamation et décida que le 25 septembre de chaque année serait la Journée internationale de la langue soninké. La résolution souligne notamment le rôle de cette langue dans la solidarité, la paix, la cohésion entre les peuples et le dialogue interculturel.
Cette reconnaissance rend également hommage aux pionniers qui ont œuvré pendant des décennies pour la défense et la promotion du soninké, parmi lesquels feu Diadié Soumaré, ancien président de l’APS.

Une journée qui rassemble les Soninké du monde entier
Ce qui me remplit aujourd’hui de fierté, c’est de voir à quel point cette journée a été adoptée par les communautés soninké partout où elles vivent.
Elle est célébrée en France, au Sénégal, au Mali, en Mauritanie, en Gambie, en Guinée, en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso et dans bien d’autres lieux où vivent les Soninké. Elle descend jusque dans nos villages, à Waoundé, à Hamedy Ounaré et dans tant d’autres localités qui constituent les racines profondes de notre peuple.
Elle traverse également les frontières de l’Afrique. Elle accompagne nos communautés de la diaspora en Europe et jusqu’en Amérique du Nord, notamment au Canada, au Québec et à Montréal, où les Soninké continuent de faire vivre leur langue et leur culture.
Cette dimension internationale correspond pleinement à l’esprit de la résolution de l’UNESCO, qui reconnaît le caractère transfrontalier du soninké et son importance comme vecteur d’identité, de cohésion et de dialogue entre les peuples.

Le réveil d’un sphinx
Je dirais même que la proclamation de cette journée a déclenché quelque chose de profond chez les Soninké.
Comme le réveil d’un sphinx.
Pendant longtemps, nous avons parfois donné l’impression d’avoir oublié la puissance de notre propre héritage. Mais depuis cette reconnaissance internationale, quelque chose s’est réveillé.
Les descendants de Dinga et de Kaya Maghan Cissé démontrent aujourd’hui au monde entier les différentes facettes d’une culture millénaire : notre langue, notre histoire, notre littérature orale, nos traditions, nos vêtements, nos musiques, nos chants, nos contes, nos danses, notre poésie, notre patrimoine et toutes ces expressions qui constituent l’âme soninké.
La Journée internationale de la langue soninké n’est donc pas simplement une journée de célébration. Elle est devenue un moment de prise de conscience, de rassemblement et de réappropriation culturelle.

Le numérique au service de la renaissance du soninké
L’un des effets les plus positifs de cette reconnaissance internationale est également l’accélération de la production d’outils consacrés à la langue.
Des bénévoles, des associations, des enseignants, des chercheurs, des créateurs de contenus et de nombreux passionnés se mobilisent pour produire des ressources numériques, littéraires et pédagogiques permettant d'apprendre, d’écrire, de lire et de mieux transmettre le soninké.
À l’APS, dont j’ai la responsabilité du pôle auquel est rattachée la promotion de la langue, nous sommes particulièrement sensibles à cette dynamique. Nous constatons avec bonheur que de plus en plus d’initiatives voient le jour pour donner à notre langue les outils dont elle a besoin pour exister pleinement dans le monde contemporain.
L’édition 2026 de la JILSO elle-même s’inscrit dans cette dynamique, avec un thème consacré au passage « de l’oral à l’écrit » et à la nécessité de faire du soninké une langue de production, d’apprentissage et de création au XXIᵉ siècle.
C’est une évolution extrêmement encourageante pour une langue qui a longtemps été marginalisée dans de nombreux espaces d’enseignement, de production culturelle et de communication.

De la marginalisation à la renaissance
Notre ambition doit maintenant être claire : faire en sorte que cette belle langue puisse renaître de ses cendres et qu’elle ne soit plus considérée comme une langue menacée.
La reconnaissance internationale constitue une étape majeure, mais elle ne doit pas être une fin en soi.
Pas plus tard que l’année dernière, j’écrivais sur ma page Facebook qu’”une langue ne survit pas uniquement parce qu’elle est reconnue par une institution internationale. Elle vit parce qu’elle est parlée, écrite, enseignée, chantée, racontée, lue, publiée et transmise.”
Elle vit lorsque les parents parlent à leurs enfants dans leur langue.
Elle vit lorsque les jeunes la revendiquent avec fierté.
Elle vit lorsqu’un enfant peut trouver un livre en soninké, une application pour l’apprendre, une vidéo pour l’écouter ou un outil numérique pour l’écrire.
Elle vit enfin lorsqu’elle peut accompagner ses locuteurs dans le monde moderne sans perdre son âme.

Une jeunesse qui redonne espoir
Et justement, lorsque je vois aujourd’hui nos jeunes, y compris ceux qui sont issus de l’immigration, porter fièrement leurs tenues traditionnelles dans les métros, dans les rues et dans les grandes villes de la diaspora, je ne peux qu’être rassuré.
Ces images peuvent sembler anodines.
Elles ne le sont pas.
Elles témoignent d’une volonté de ne pas couper le fil avec nos origines. Elles montrent qu’il est possible d’être pleinement inscrit dans les sociétés contemporaines tout en assumant fièrement son héritage.
Cette fierté culturelle est essentielle à la transmission.
Car le patrimoine que nous avons reçu de nos parents et de nos ancêtres ne nous appartient pas exclusivement. Nous en sommes les dépositaires. Nous avons la responsabilité de le transmettre aux générations qui viennent.

Un patrimoine à faire vivre
La Journée internationale de la langue soninké nous offre donc une formidable occasion de regarder notre histoire avec fierté, mais aussi de regarder l’avenir avec responsabilité.
De l’Afrique à la diaspora, de Waoundé à Paris, de Hamedy Ounaré à Montréal, de Dakar à Nouakchott, de Bamako à Abidjan, les Soninké ont désormais un rendez-vous commun.
Un rendez-vous avec leur langue.
Un rendez-vous avec leur histoire.
Un rendez-vous avec leur avenir.
Le plus beau symbole de cette journée est peut-être précisément celui-ci : une langue qui a longtemps été portée principalement par l’oralité est désormais en train de conquérir de nouveaux espaces d’écriture, de littérature, d’éducation et de numérique.

Le sphinx s’est réveillé.
À nous maintenant de faire en sorte qu’il ne se rendorme jamais.
Qu’Allah bénisse la langue soninké.
Qu’Allah bénisse celles et ceux qui œuvrent pour sa préservation, son enseignement et sa transmission.
Et qu’IL permette aux générations futures de parler, d’écrire et de vivre fièrement dans la langue de leurs ancêtres.
Fodyé Cissé
Vice-Président de l’APS en charge du pôle « Médias, Communication et Information »
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